
Je sais. Je n'aurais peut être pas du. Flanquée dans mon canapé après
déjeuner. J'avais servi à manger à ma tribu et zappait bêtement quand je suis tombée sur Nicolas. Après tout pourquoi pas. Il faut savoir écouter, même ceux que l'on aime pas et que l'on combat.
J'avais envie de voir son numéro sur sa présence à Pékin.
Interview hautement politique face à un Gérard Holz béat devant THE président. Il opinait de la tête à chaque argument de Sarko d'un air de dire "qu'est ce qu'il est intelligent". Ceci dit pour
une fois, j'ai trouvé qu'il en avait pas trop dit. Presque sympa.
Au point où j'en étais, je suis restée sur la même chaîne et ai commencé à regarder la cérémonie d'ouverture des J.O. de Pékin. Si j'avais été cohérente, j'aurais boycotté. Mais non. J'ai
commencé à regarder en me disant que la plupart des cérémonies de ce genre sont plutôt ennuyeuses agrémentées de commentaires tout aussi ennuyeux des commentateurs. Bref, normalement, j'en avais
pas pour longtemps.
Et puis non. Tant pis, j'ai tout regardé. Objectivement, le spectacle était sublime. Je sais qu'il s'agissait aussi d'un outil de propagande du pouvoir chinois. Mais c'était totalement grandiose.
En regardant, je pensais au concepteur du spectacle : quelle magie ; aux danseurs, musiciens, acteurs, techniciens : quel travail ! Tout ça pour éblouir le monde : je comprenais. J'ai été
éblouie. J'ai tout regardé comme une gamine qui regarderait les vitrines des magasins étincelants en pleine période de Noël. De la grâce et de l'élégance à l'état pure. Quel contraste avec la
barbarie dont fait preuve ce régime chinois. Mais franchement, c'était bien. Je ne vais pas dire le contraire simplement parce que le pouvoir chinois est à combattre. Ce serait comme si je disais
que mon ennemi n'a jamais de bonnes idées simplement parce qu'il est mon ennemi. Même mon ennemi peut avoir une bonne idée. Ca va me coûter de le reconnaître, mais il faut l'admettre. Une petite
pointe de sagesse ne nuit pas.
Il y avait quelques fautes de mauvais goût. Les militaires qui haussent le drapeau olympique. Le président du comité olympique chinois qui prétend dans son discours que toutes les conditions
imposées à Pékin pour organiser les jeux ont été satisfaites (sic !). La colombe de la paix lumineuse sur le sol du stade quand on fait parler les fusils et rouler les chars quand le peuple
demande à s'exprimer.
Ca me sidère à chaque fois. L'homme est vraiment ambivalent. Perméable à la beauté, imperméable à la souffrance d'autrui. Le coeur endurci du président chinois a du fondre. Je me l'imaginais,
rentrant de la cérémonie dans sa voiture austère, encore tout tremblant des appels à la paix, à la fraternité chantés, dansés, envolés dans ce stade (dont l'architecture me plaît beaucoup même
s'il fut le prétexte à des expropriations sauvages) en train de rassembler ses conseillers pour changer de stratégie pour l'année à venir. Au programme : déclaration d'indépendance du Tibet,
organisation d'élections libres, liberté de la presse satirique, prise en charge immédiate et sans compromissions des ouvriers et ouvrières mal traités, victimes de pollution, proclamation
immédiate d'une déclaration universelle du droit au bonheur et obligation pour les dirigeants de la mettre en application. PEACE AND LOVE MES FRERES ET SOEURS, PEACE AND LOVE... Abandon du
costar-carvate noirs pour des chemises à fleur comme Nelson Mandela, offrandes hebdomadaires à la déesse de l'amour, légalisation du canabis !... bon là je me calme.
Trêve de bêtises. Voilà à quoi doivent servir ces cérémonies où sont proclamées des valeurs universelles, telles qu'elles nous ont été présentées cet après-midi à Pékin : nous sommes de
passage ; accomplissons le merveilleux. Nous savons y exceller.
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